Patrice Faubert
Souvenirs cadavres, 23 passage national
" Des milliards et des milliards de morts - au moins 90 pour cent, mais plus vraisemblablement près de 95 pour cent de tous les morts - ont disparu sans laisser de noms derrière eux. "
Le travail des morts
Une histoire culturelle des dépouilles mortelles
Thomas W. Laqueur ED : Gallimard
Mais
L'on ne se sait
Vraiment, soi-même, cadavre
Le néant ne peut se concevoir, jamais
Voilà
Pourquoi
C'est seulement pour les autres
Comme de vrais ou faux souvenirs
D'autres cadavres pour l'avenir
Mais l'on peut s'y plonger
Le présent s'habille dans le passé
De tout ce qui fut
De tout ce qui n'est plus
Et l'on y refait le match
Et l'on y fait du catch
Ce, même plusieurs décennies après
La mémoire est sans prescription, de fait
Je crois me souvenir, je me souviens
D'une femme d'un soir, qui m'offrit ses seins !
Paris, mon logis, 23 passage national
Ma tanière d'alors, moi l'anational, ô paradoxal
75013, mais porte du bas, fermée
Et combien d'aventures furent ratées
Avec mon lit à plusieurs places
L'on pouvait y sexer comme dans un palace
Je pus y boire des vulves
Je pus y téter des nichons
Un soir, des années, selon
Et lorsque je n'y étais pas
C'était entrée gratuite pour d'autres pas
Et que souvent, je ne connaissais même pas
Il suffisait
Que je leur laisse les clefs
Surtout, la clé de la porte d'en-bas
Avec des voisins et voisines en pleine paranoïa
Aucun code, et cela a beaucoup, gâché
Une fois
Une femme, dans un bistrot, ivresse partagée
Qui chez moi vint se coucher
Et que d'ailleurs, je ne voulus coïter
Et comme gentleman, m'ayant remercié
Normal
Il n'y a aucun plaisir à abuser
Non c'est non, et surtout, sans lucidité
Un autre temps
Une autre époque
Ainsi des années 70/80
Comme par exemple, à Paris
Plusieurs milliers de personnes
Pouvaient manifester pour l'anarchie
Aucun rapport avec les piteux gauchistes d'aujoud'hui
Qui ne savent même pas ce que c'est que l'anarchie
Nous étions presque trop politisés
De nos jours, cela est totalement inversé
C'était, il est vrai, il y a si longtemps
Toute une festivité libertaire, oubliée, navrant
Etc. Bref
L'on savait encore se faire plaisir
Sous les jupes, jarretelles, bas couture, jupons
Juste pour fantasmer, pour s'éclater, ô fripons
Certes, dans l'intimité, avec des envies partagées
Intervertir les rôles, se déguiser
Le féminisme n'était pas encore devenu puritain
Et au système, justement, devenu une putain
Le féminisme est anarchiste ou n'est rien
L'on devrait pouvoir s'habiller
Comme on le souhaite, non genré ou genré
Mais comme je suis néomalthusien
Je n'ai pas eu le moindre enfant
Et puis, mes amoureuses avaient déjà des enfants
Ou elles n'en voulaient pas, lucidement
Du moins, le plus souvent
Parfois, c'était bien, parfois c'était moins bien
Parfois, le flop, médicaments crétins
Ainsi
Une rencontre de rue chez une dame
Elle ne faisait pas la rue, pas un drame
Je pus le cunnilingus appliqué, chez elle
Mais moi, rien, même avec la courte échelle
De trop boire, de trop tout, bien défoncé
Ne pas bander à force du trop mélangé
Ouf, c'était quand même, de la rareté
Mais, de sa chatte, je m'étais bien régalé
Et selon les temps
Parfois, le flop, parfois le top
C'était il y a si longtemps
Du souvenir cadavre
Parmi d'autres souvenirs cadavres
Quand l'on ne peut, de paix, faire son havre !
Patrice Faubert ( 2026 ) puète, peuète, pouète, paraphysicien ( http://patrice.faubert.over-blog.com/ )
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Published on e-Stories.org on 03.06.2026.